Rhizome/ avril 10, 2018/ Aller aussi loin que possible/ 0 comments

/ Loin de la folie urbaine de Shanghai, Beijing nous est apparu, paradoxalement, comme une ville à taille humaine. De petits quartiers reliés par des ruelles séculaires, les Hutong, abritent une vie paisible et populaire, entre échoppes et artisanats en tout genre, barbecues aux braises fumantes et places ombragées. Le mode de vie collectiviste persiste dans ces quartiers. Des vieux en vareuse bleue lisant leur journal au soleil, drôles de petites vieilles promenant leurs chiens dans des landaus, commères de quartier étendant leur linge, enfants de rue espiègles inventant des jeux… Les promenades sont agréables, le long des plans d’eau, des arbres en fleurs libérant comme neige des pistils cotonneux. C’est aussi un endroit propice aux rencontres ou discussions prolongées chez l’habitant, de goûter au mode de vie nonchalant des Pékinois. Beaucoup ont investit la cour intérieure de ces maisons traditionnelles en briques grises, agencées en carré, pour construire leur nid et fuir l’agitation de la ville. Un de ceux-là nous racontait comment son aide à demeure provenant d’un village du Xinjiang, s’était cloîtrée pendant 6 mois, n’osant dépasser la ruelle. Beaucoup de spéculations immobilières aussi à leur propos. Bien que Beijing soit de la superficie de la Belgique avec ses quelques 35 millions d’habitants, la ville s’est construite autour de la Cité Interdite, avec la règle de ne pas surpasser ses dimensions, à un kilomètre à la ronde. Logés dans une auberge de jeunesse, avec vue sur la Cité Pourpre, nous profitions donc de son calme rayonnant le long de ses remparts crénelés, de ses petites ruelles alentour aux enchevêtrements multiples. Elles permettent habilement de se protéger du vent glacial de l’hiver et de la torpeur de l’été.\nOn ne sent l’immensité de la ville que lorsqu’on veut se déplacer d’un point à un autre. Elle reste par là-même toujours insaisissable et l’on ne peut alors que la désirer. Il faut donc compter au minimun une heure de taxi et en l’espace de moins de vingt ans, Beijing est passé de quelques milliers de voitures à près de huit millions. Autant dire que le mode rural de cette ville a été sacrifié à la modernité, à coup de hache, bien obligé. Les Hutong s’effaçant comme neige au soleil. Même à pied, lorsque vous voulez marcher sur les traces de Genghis Khan à Mao, il faut s’armer de courage. La place Tia Nan Man, considérée comme la plus grande du monde, peut vous rendre à bout de souffle. Elle est aussi l’occasion d’apprécier une scène ubuesque, des rondes militaires sous des envolées de cerfs-volants. \nEnfin, Beijing ne serait pas sans son Opéra (Jingju), considéré comme un des trois accomplissements de la civilisation chinoise avec la calligraphie et la médecine. C’est un spectacle d’art total mêlant musique, mime, chant, danse, jonglage et chorégraphie de combat digne de ‘Tigres et Dragons’. Tous les rôles sont joués par des hommes : le ‘dan’, rôle féminin ; le ‘jing’, Dieu, général ou mandarin ; le ‘chou’, bouffon ; le ‘sheng’, lettré ou héros. Tous les maquillages que nous avons eu le plaisir de voir se faire, respectent un code précis. Un maquillage complexe signifie cruauté / En biais, méchanceté / Blanc sur le nez, comique / Rouge, loyauté/ Noir, bienveillance / Bleu, brutalité / Jaune, ruse / Vert, inconstance. Les êtres surnaturels sont en dorés. Il existe 24 manières de rentrer en scène, 300 de parler, de rire ou de tousser, 76 pantomimes et 52 sortes de pas, par exemple une enjambée annonce le franchissement d’une porte. Mais peut-être le plus époustouflant est-il encore la synchronisation parfaite de ces artistes et leurs arrêts sur mouvement. On regrette alors, par-dessus tout, le tomber de rideau.\nMC.\n

 

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